Passion Grimpe Le magazine de la verticalité
Sports outdoor & randonnée

Deux accidents mortels à la Tournette, près d’Annecy, sur fond de neige regelée

Éléonore Caradec 8 min de lecture
Accident montagne annecy près de la Tournette, neige regelée

Deux accidents mortels se sont produits les 17 et 18 mai 2025 à la Tournette, près d’Annecy. Les victimes, un Français de 23 ans et un Belge de 28 ans, ont chuté dans le secteur de la Pointe de la Bajulaz, à plus de 2 000 mètres d’altitude. Les circonstances rapportées évoquent une glissade sur un névé ou une plaque de neige gelée, suivie d’une chute de falaise.

Le bilan de l’accident de montagne près d’Annecy

Le week-end a été marqué par deux accidents mortels distincts sur les hauteurs de la Tournette, sommet dominant le lac d’Annecy. Les secours sont intervenus à deux reprises dans un secteur encore soumis à des conditions hivernales, malgré le retour des températures printanières en vallée.

Localisation de la Pointe de la Bajulaz sur la Tournette
Élément Informations connues
Dates des accidents 17 et 18 mai 2025
Lieu Pointe de la Bajulaz, dans le massif des Bornes
Altitude du secteur Plus de 2 000 mètres
Victimes Un Français de 23 ans et un Belge de 28 ans
Circonstances rapportées Glissade sur neige gelée ou névé, puis chute de falaise
Secours mobilisés PGHM d’Annecy et hélicoptère Dragon 74

La Tournette culmine à 2 351 mètres. Sa proximité avec Annecy peut donner l’impression d’un sommet facilement accessible, mais les itinéraires d’altitude comportent des passages raides, des zones enneigées et des ruptures de terrain. Les conditions rencontrées au bord du lac ne permettent donc pas d’évaluer celles qui règnent plusieurs centaines de mètres plus haut.

Au printemps, la neige peut persister sur les versants ombragés et dans les secteurs exposés. Une progression qui semble relever de la randonnée classique peut alors nécessiter davantage de prudence, notamment lorsque le chemin traverse une pente au-dessus d’une barre rocheuse. Le risque dépend autant de l’état de la neige que de la possibilité de s’arrêter en cas de glissade.

Pourquoi la Pointe de la Bajulaz présentait un risque élevé

Un névé n’est pas une simple trace de neige

Un névé est une zone de neige ancienne qui persiste après l’hiver. Depuis un sentier sec, il peut paraître stable et facile à franchir. Après une nuit froide, sa surface peut pourtant devenir très dure et glissante. Une semelle de chaussure classique y adhère peu. Sur une pente inclinée, une perte d’équilibre peut se transformer en longue glissade, surtout lorsque le névé se termine au-dessus d’un terrain rocheux ou d’une falaise.

Accès réglementé au massif de la Tournette au-delà de 1 700 m – Consultez l’arrêté spécial du maire interdisant les randonnées et trails au-delà de 1 700 mètres en raison des conditions de sécurité.

Le regel explique en partie cette évolution. Lorsque la température baisse, la neige humidifiée ou ramollie pendant la journée durcit à nouveau. Le matin, sa surface peut alors ressembler à une plaque gelée. À plus de 2 000 mètres, cet état peut se maintenir alors que les températures sont déjà douces dans la vallée d’Annecy.

La situation change aussi au fil de la journée. Une neige qui se ramollit peut devenir moins glissante, mais elle n’est pas pour autant sans danger. La pente, l’exposition et la présence d’obstacles en contrebas restent déterminantes. L’état d’un même passage peut donc varier selon l’heure à laquelle il est franchi.

La pente change immédiatement la gravité d’une glissade

Sur terrain plat, un faux pas sur neige gelée peut avoir des conséquences limitées. Dans une traversée inclinée, le corps accélère, les chaussures ne freinent plus et les obstacles situés en contrebas deviennent déterminants. La combinaison de neige dure, pente et rupture de terrain rend ces passages particulièrement exposés.

Une glissade peut également empêcher la personne de reprendre rapidement ses appuis. Sans équipement adapté et sans maîtrise des techniques d’arrêt, la distance parcourue augmente en quelques secondes. Lorsque la pente débouche sur une falaise ou des rochers, la gravité de la chute s’accroît fortement.

Il ne suffit donc pas d’observer la météo au départ. Il faut aussi anticiper l’état de la neige à l’heure prévue du passage, la raideur de la pente et la possibilité réelle de s’arrêter. Si ces éléments ne sont pas réunis, le renoncement ou le demi-tour restent les options les plus sûres.

Le rôle du PGHM d’Annecy et de Dragon 74

Les secours ont mobilisé à deux reprises le PGHM d’Annecy, le Peloton de gendarmerie de haute montagne, avec l’appui de Dragon 74, l’hélicoptère de la Sécurité civile de Haute-Savoie. Dans ce type d’accident, la voie aérienne permet de rejoindre plus rapidement des zones isolées, d’effectuer une reconnaissance du relief et de déposer les sauveteurs au plus près du lieu de chute lorsque les conditions le permettent.

Une intervention en montagne ne se résume pas à un transport par hélicoptère. Les équipes doivent localiser les victimes, évaluer la sécurité de l’approche et composer avec le vent, les nuages, le relief et l’état du sol. La présence d’une pente enneigée ou d’une barre rocheuse peut rendre l’accès délicat, même lorsque le lieu est repéré.

Selon la configuration du site, le groupe montagne des sapeurs-pompiers et un médecin du Samu peuvent également être engagés. L’hélitreuillage est une opération technique qui dépend des conditions aériennes et des possibilités d’accès au sol. Le choix de la méthode d’intervention se fait donc en fonction du relief et de la sécurité des sauveteurs.

Le déclenchement des recherches peut aussi dépendre d’une alerte donnée par les proches lorsqu’un pratiquant ne revient pas à l’heure prévue. Communiquer son itinéraire, son point de départ, son heure estimée de retour et les personnes avec lesquelles on marche fournit des repères utiles aux secours. Ces informations peuvent faciliter la localisation dans un secteur étendu et accidenté.

Une restriction d’accès au-delà de 1 700 mètres

Après ces accidents, un arrêté municipal a interdit l’accès au-delà de 1 700 mètres sur la Tournette. Cette mesure visait à protéger les randonneurs face à des conditions de neige et de terrain jugées dangereuses en altitude. Elle concernait la partie haute du secteur et ne signifiait pas que l’ensemble du massif était impraticable.

Une interdiction temporaire indique qu’un itinéraire ou une portion présente un risque qui dépasse celui d’une randonnée ordinaire. Elle doit être vérifiée avant le départ, au même titre que l’état des sentiers et les conditions d’accès. Les règles locales peuvent évoluer selon la situation du terrain.

Une trace GPS, une habitude du parcours ou une photo ancienne ne remplacent pas une information actualisée. Les passages supérieurs peuvent conserver de la neige, même après plusieurs journées ensoleillées à Annecy. La présence de neige en vallée ne permet pas non plus de déduire directement son état en altitude.

Préparer une sortie de printemps sans sous-estimer l’altitude

La première décision de sécurité consiste à adapter l’objectif aux conditions observées et à son niveau technique. Si un névé barre le chemin, il faut vérifier que l’on dispose de l’équipement, de la pratique et de la capacité nécessaires pour le franchir. Contourner la zone par une pente inconnue ou des rochers instables peut créer un danger supplémentaire.

Le matériel doit correspondre au terrain rencontré

Au-dessus de 2 000 mètres, la présence de neige gelée peut exiger une préparation plus proche de l’alpinisme que de la randonnée estivale. Des chaussures adaptées, ainsi que des crampons et un piolet lorsque le terrain le justifie, peuvent être nécessaires. Le matériel doit toutefois être choisi en fonction du passage prévu et du niveau de la personne.

Porter des crampons sans savoir marcher avec ou utiliser un piolet sans connaître les techniques d’arrêt d’une glissade ne suffit pas. L’équipement ne remplace ni l’évaluation du terrain ni la maîtrise des gestes. Si la neige est trop dure, la pente trop exposée ou l’itinéraire mal identifié, il faut renoncer à la traversée.

  • Consulter les restrictions d’accès avant le départ.
  • Prévoir que les passages d’altitude restent gelés tôt le matin.
  • Évaluer la pente, l’exposition et la possibilité de s’arrêter avant de traverser un névé.
  • Choisir un itinéraire de repli et accepter de faire demi-tour.
  • Prévenir un proche de son parcours et de son heure de retour prévue.

L’accident de montagne à Annecy rappelle une réalité fréquente au printemps : le calendrier ne détermine pas à lui seul les conditions de pratique. À la Tournette, comme ailleurs dans le massif des Bornes, l’altitude, l’orientation du versant et le regel peuvent maintenir un environnement hivernal bien après le retour des températures douces en vallée.

Éléonore Caradec

Partager cet article

Retour en haut